10 Érosion et activité humaine

S’il est bien admis du grand public que l’Homme exploite l’environnement, pour la plupart d’entre nous cela correspond à l’exploitation des végétaux, des animaux et de l’eau. On oublie souvent l’exploitation des ressources géologiques non pas profondes (charbon, pétrole) mais de surface. En effet l’Homme utilise de nombreux produits issus de l’érosion ou de la sédimentation pour ses besoins. 

Carte mentale sur les différentes utilisations des produits de l’érosion et de la sédimentation par l’Homme :

Cart ementale

©RS.2019

L’Homme a donc un impact sur le volume des roches naturellement déplacées. Chaque année l’Homme remue 30 milliards de tonnes de roches et l’industrie extractive en représente plus de la moitié : 17,8 milliards de tonnes.

Si toute la planète y est soumise, on distingue des zones pour lesquels l’érosion peut parfois être limitée ou favorisée par l’Homme, entraînant des risques importants pour les populations.

Citons en premier lieu l’érosion des sols liés à la déforestation. En effet, la perte d’arbres qui ancrent le sol avec leurs racines causent une érosion intense par la pluie. En absence d’arbres, on observe la formation en surface du sol d’une cuirasse ferrugineuse et latéritique, c’est-à-dire riche en fer, qui diminue la rentabilité des parcelles.

1200px terre seche

Terre seche.JPG par KoS via wikimédia commons, domaine public, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Terre_seche.JPG?uselang=fr

 Le sol mis à nu est également plus sensible à la pluie et à ce qu’on appelle l’effet «splash». Un sol sablonneux ou rocheux va résister à la chute des gouttes d’eau mais un sol argileux va voir ses particules très fines être projetées à chaque impacte de gouttes, désolidarisant les particules du sol et les rendant plus facilement transportables par le ruissellement.

Effet « splash » :

Water and soil splashed by the impact of a single raindrop

Water and soil splashed by the impact of a single raindrop.jpg par US Department of Agriculture via wikimédia commons, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Water_and_soil_splashed_by_the_impact_of_a_single_raindrop.jpg?uselang=fr

Ainsi chaque année le Costa Rica perd 860 millions de tonnes de terre arable, l’Indonésie 770 millions et l’île de Madagascar, bien plus petite, en perd quand même 3 millions de tonnes par an. Cette perte est proportionnellement tellement importante par rapport aux autres pays que cela s’observe au niveau des rivières : vues de l’espace les rivières coulent « rouge sang » tachant l’océan Indien qui les entoure.

Estuaire de la rivière Betsiboka (Madagascar) vue depuis la station spatiale internationale :

Betsiboka estuary

Betsiboka estuary.jpg par NASA 

http://eol.jsc.nasa.gov/scripts/sseop/photo.pl?mission=ISS005&roll=E&frame=9418Transféré de en.wikipedia à Commons, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Betsiboka_estuary.jpg?uselang=fr

Le taux d’augmentation de la perte de sol après déboisement d’une forêt est important : en Côte d’Ivoire les zones pentues sauvages perdent naturellement 0,03 T/ha/an contre 90 T/ha/an pour les pentes cultivées et 138 T/ha/an pour les pentes mises à nues. En plus de la perte d’une couche de sol cultivable, les débris transportés par les rivières causent des dommages aux projets hydroélectriques et les  installations industrielles dépendantes de l’eau cessent leurs activités. La navigation fluviale devient difficile. L’augmentation des sédiments surcharge les rivières étouffant les œufs des poissons.

Eaux surchargées de la rivière Betsiboka de Madagascar

1200px betsiboka


Betsiboka.jpg par Gloumouth1 via wikimédia commons, CC-BY-SA-2.5, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Betsiboka.jpg?uselang=fr

Arrivée à l’océan, l’eau trouble cause le déclin des récifs coralliens ce qui finit par affecter la pêche côtière. L’érosion des sols est extrêmement coûteuse pour les pays en voie de développement car en plus des dégâts faits aux infrastructures, à la pêche, aux propriétés privées et industrielles, elle diminue les productions agricoles ne permettant plus ainsi de répondre aux besoins des populations.

L’érosion littorale est un fait avéré depuis l’existence des photographies aériennes et satellites. Ce phénomène naturel dû aux vagues est amplifié par les activités humaines. Sur l’île de la Réunion le trait de côte, c’est-à-dire la limite des vagues, a nettement reculé depuis les années 60. Utilisation des images satellites permet d’évaluer ce retrait à plus de 4 m par certains endroits. L’érosion naturelle a été accélérée du fait de la diminution des apports en sable. Le sable de cette île tropicale de l’Océan Indien provient de l’érosion des squelettes calcaires des coraux et des coquillages. Cependant avec la forte urbanisation et la mise en place de nombreuses stations d’épuration, l’apport en eau douce par les rivières a nettement augmenté ces 40 dernières années, diminuant ainsi la salinité du lagon. Or en dessous d’un taux de 38 %o les coraux ne se développent plus. 

Position du trait de côte sur la plage de l’Hermitage au niveau de la rivière de l’Hermitage en 1960 et en 2018 :

Geoportail1

Geoportail2

Source : Géoportail, https://www.geoportail.gouv.fr/

Tableau calcul geoportail

Le recul du trait de côte est également lié à l’intensification de la subsidence de l’île sous le poids des infrastructures humaines. En effet en 1960, l’île ne comptait que 350 000 habitants, elle en compte aujourd’hui 850 000. Sur cette île volcanique, à haut-relief, la population ne peut s’installer que sur le littoral le surchargeant de constructions favorisant ainsi l’enfoncement du sol. 

Photographie satellite de l’île de la réunion montrant un littoral habité un intérieur des terres sauvage :

Reunion 21 12s 55 51e

Reunion 21.12S 55.51E.jpg Par NASA via wikimédia commons, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Reunion_21.12S_55.51E.jpg?uselang=fr

Rajoutez à cela l’élévation du niveau de la mer suite au réchauffement climatique et  vous avez une érosion tellement importante que non seulement le trait de côte à reculé, mais le niveau du sable a nettement baissé comme en témoignent les nombreux arbres déchaussés observables sur les plages. 

Photographie de filaos déchaussé :

Filaos dechausses

©RS.2015

Ces arbres appelés « filaos » poussent naturellement sur les côtes sablonneuses. L’Homme les utilise souvent pour stabiliser les dunes de sable, faire barrière au vent et ainsi reboiser les zones littorales où peu d’espèces survivent aux conditions difficiles et régulièrement soumises à l’érosion. Malgré cela, cette dernière a pris le dessus sur cette côte de l’île de la Réunion.

Sur les grandes plages européennes, on remarque également une érosion littorale accélérée depuis 60 ans au point que des logements doivent être évacués. Le cas de la résidence le Signal de Soulac-sur-mer est bien connu : cette résidence construite en 1965 à plus de 200 m du trait de côte a dû être évacuée en 2014 car elle menaçait de s’effondrer en raison de la disparition de la plage à raison de 4.5 mètres par an.

Résidence Le Signal abandonnée en 2014 à Soulac-sur-mer :

Signal

Le Signal- Soulac par jacme31, via flickr, C BY-SA 2.0, https://www.flickr.com/photos/jacme31/46121169531

Les plages européennes sont des plages essentiellement siliceuses : les grains de sable les constituant proviennent de l’érosion de granites des chaînes de montagnes avoisinantes. Ces grains de sable ont été transportés par les fleuves. En France les prélèvements de sable dans les rivières sont interdits. Cependant la construction de barrages hydroélectriques sur les bassins versants des grands fleuves contribue à diminuer nettement l’apport en sédiments sur les côtes provoquant ainsi un recul du trait côtier conséquent et accéléré récemment par l’élévation du niveau de la mer suite au réchauffement climatique. 

On peut donner comme autre exemple le fleuve Mékong du sud-est asiatique qui entre 2008 et 2012 a subi une extraction annuelle de 27 millions de mètres cubes par an dont 96 % de sable. C’est 20 fois son flux annuel naturel de sable. C’est une perte énorme pour le littoral. Dans le delta du Mékong, si on additionne les prélèvements de sable, la rétention des sédiments due aux multiples barrages installés sur ces 800 000 m² de son bassin versant et la subsidence du littoral surpeuplé, c’est l’équivalent de la surface d’un terrain de football, soit 7000 m², qui est passé sous le niveau de la mer chaque jour entre 2003 et 2012.

L’érosion littorale sera donc la prochaine grande cause de migration et l’on verra apparaître des réfugiés climatiques.

C’est donc un paradoxe qui se joue ici. D’une part les sols n’ont jamais autant été érodés à cause de la déforestation et l’agriculture intensive, augmentant la charge sédimentaire des fleuves, et d’autre part, les barrages et autres réservoirs bloquent la dynamique sédimentaire et limitent l’apport en sédiments sur le littoral favorisant ainsi son érosion. Avant l’activité humaine et les modifications majeures de l’environnement par l’Homme, le flux total sédimentaire jusqu’aux océans était de 20 GT/an pour n’atteindre plus que 13 GT/an à la fin du XXe siècle, soit un tiers du flux naturel des sédiments qui est bloqué dans les retenues du monde entier.

 

Érosion et action de l'Homme - SVT - ENJEUX 2nde #3 - Mathrix

Date de dernière mise à jour : 08/06/2021